Writings

Michel Vert - regard sur l'exposition "Dix ans de peinture"


Octobre 2023

Simon Blau est peintre.

Peindre c’est regarder avant tout devant soi, n’est-ce pas ?
Peindre c’est s’emparer d’un espace et le soumettre à un autre…
Peindre c’est diluer du temps dans de l’espace, vouloir croire et faire croire qu’on peut les capturer.

L’artiste dessine, il peint. Il va vers la toile, le support, puis prend du recul et sans cesse s’impose cette danse répétitive, monotone mais nécessaire. C’est le travail du peintre.

Lui vient le besoin d’être davantage à l’extérieur de l’œuvre, de jouer l’étranger.

Il veut marquer une pause non qu’il soit fatigué mais il sait que ces lignes, ces surfaces colorées, ces compositions qu’il a pourtant engendrées ont maintenant une vie autonome.
Il en espère un signe, une impulsion, qui sait ?

Il va regarder autrement, à rebours…
Il a besoin de complicité comme chaque fois qu’il présente son travail, plus encore dans cet exercice qui porte le regard loin du présent.
Il a créé mais les regardeurs viendront ajouter quelque chose, non pour terminer l’œuvre comme on le dit parfois, mais peut-être pour la faire exister autrement, dans un temps renouvelé, sur un autre méridien...

Regards singuliers sur une œuvre singulière.

Simon Blau revient sur dix années de peinture.

Il s’autorise ce regard rétrospectif et offre ainsi à ceux qui passeront par la galerie l’occasion d’entrer en son domaine ou d’y cheminer une nouvelle fois.
Ceux qui suivent sa création et ceux qui la découvrent partageront sans doute l’émotion que suscitent ses harmonies colorées jubilatoires. La rigueur des compositions parfois sages comme des images, parfois surprenantes ou indociles témoignera du goût de l’artiste pour un travail pensé et patient.

Quant aux thèmes, aux sujets, ils constituent peut-être le versant le plus aventureux pour ceux qui veulent savoir.
Comment traverser ces portes ? Peut-on soulever ce voile ? Quelles clés pour ouvrir ces boîtes ?
Il serait bon d’être d’humeur joueuse pour dialoguer avec ces œuvres.

Simon Blau aime saisir les occasions de manière ludique. Il s’empare de bribes, de fragments : idées-images-mots… Il convoque à n’en pas douter des références picturales et visuelles mais on pourrait s’égarer à entreprendre une lecture littérale de sa peinture.

Car si on cherche récit ou fil rouge dans ce parcours, il y a fort à parier que lignes, formes et couleurs y tiennent une place de choix, place assumée donnée à l’acte de peindre.

La peinture avant tout car…

Simon Blau est peintre.

 

échange épistolaire Michel Vert - Simon Blau


Juillet 2023

Michel Vert:
A lire vos propos, on découvre une double « posture » quant au fait de parler de votre travail : - une attitude « méfiante » qui suspecte le verbe de trahir ce que l’œuvre a à dire, - un goût pour la parole et l’échange à propos de l’acte de peindre... Pour dépasser la contradiction ou le paradoxe, on a envie de savoir ce qui selon vous, mérite d’être dit, explicité, partagé ?

Simon Blau:
Je vais reprendre point par point afin d’essayer d’être clair: L’attitude défiante vis à vis du texte ou commentaire censé appuyer, expliciter une oeuvre vient du fait que je pense qu’une peinture est une image qui doit se prendre au premier degré, qui doit être appréhendée et saisie par l’émotion qu’elle procure , déjà dans l’exécution, la production de l’oeuvre par l’artiste et dans un second temps par le regardeur ou spectateur. Ceci bien évidemment est mon credo et par cette réponse je ne prétends pas définir comment dans l’absolu doit être conçue, intégrée et exprimée une œuvre d’art, j’expose ici ma démarche et la conception de mon métier. Dans cette optique j’essaie d’être le plus fidèle à la façon dont je travaille, bien évidemment en trame profonde résident mes concepts, idées, influences, inspirations, etc… toutefois ce qui prime avant tout est le ressenti sensoriel et émotionnel lors de la création au présent , dans l’instant de l'œuvre, par exemple la manipulation des couleurs et de la matière sur la palette me permettent de rentrer dans la matérialité sensible et intérieure de la peinture. De plus la création est un voyage immobile, une plongée abyssale dans les méandres de la rêverie; dans ce cheminement très personnel et intime réside la part des anges qui par nature s'évanouit dans l’oubli, il est par conséquent impossible d’aller puiser dans une source qui est aussitôt tarie. Enfin je considère que le pourquoi et le comment sont bien peu de choses comparées à l’immanence de l'œuvre, donner l’intention de l'œuvre c’est déjà refermer la fenêtre des possibles, encore une fois qui je suis importe peu seule compte l’image qui doit être libre et vive. La peinture achevée ne m’appartient déjà plus , elle navigue dans un monde flottant dans lequel chaque regard peut la saisir ou pas, ce qui m’amène au second point qui peut paraître pour le moins ambivalent. Ce goût pour l’échange autour d’une image est avant tout un goût pour l’écoute car il est passionnant de constater à quel point l’oeuvre d’art peut avoir un effet miroir sur le spectateur, aucun voyeurisme ici de ma part sur la vie personnelle du spectateur mais plutôt une redécouverte d’un autre récit autour de l’oeuvre, dans la mesure bien évidemment où l’interlocuteur est sincère, peu importe le lexique, la culture, si il y a sincérité il y a vérité et émotion. Ce dialogue entre le producteur et le capteur est source d’authenticité c’est pourquoi j’affectionne particulièrement ces temps de partage. Ma peinture est une invitation au voyage, à la dérive.
M.V.:
Si vous admettez que proposer votre travail au regard des autres est une nécessité, qu’attendez-vous du regardeur ? Les retours, qu’ils soient spontanés ou au contraire réfléchis, argumentés voire référencés ont-ils parfois influencé votre création ?
S.B.:
Je viens de répondre partiellement à cette question en amont et je vais préciser. Ce qui est nécessaire c’est de laisser vivre l'œuvre et pour cela l’exposition est indispensable. Le regardeur n’est pour moi en aucune façon un “consigliere” qui va influencer mon optique propre et donc mon travail, ce qui m’amène à dire que l’art est l’expression d’un individu qui affirme très fermement son point de vue contre vents et marées et qui en aucune manière doit laisser diluer sa personnalité dans la soupe des modes, tendances et autres mouvements d’opinion et ou revendications, tout ceci affaiblit l’oeuvre ce qui rejoint ce que je disais précédemment : circonscrire l’oeuvre à un discours c’est, sinon la dénaturer, l’amoindrir voire de passer à côté de l’essentiel. Plus l’artiste affirme son indépendance plus l’oeuvre pourra s’émanciper de son créateur car la création est paradoxalement oubli de soi, il faut bien partir d’un ancrage fort pour mieux se détacher, plus il y a de fils à la patte plus la tenue de cap est entravée et la découverte compromise.
M.V.:
Matera est une série récente. Dans cette série, la ville est omniprésente, reconnaissable . Quelle relation entretenez-vous avec les lieux « géographiquement situés» et plus largement avec la représentation d’espaces réels ? Quels sont les types de lieux susceptibles de générer l’envie de représenter ? S’agit-il d’ailleurs de la simple volonté de représenter ?
S.B:
Je parlais de point d’ancrage ou plutôt ici de support ou bien encore de prétexte, le sujet, le motif est le mobile de l’acte artistique, son étincelle. S’émerveiller pour un sujet permet de se jeter à l’eau, de partir d’une base riche et très solide pour encore une fois s’en émanciper. Pour répondre à votre question sur la relation au lieu il me semble que celle-ci est affective: le choix du lieu de départ est en lien avec mon histoire, ma culture mes affinités électives, dans le cas de Matera il y a résonance avec un pan important de mon héritage culturel situé dans le bassin méditerranéen , la minéralité, la chaleur, les odeurs, les sonorités , plus généralement un climat propice, une ambiance de chaque instant qui convoque songes, reminiscences, rêveries et dérives émotionnelles. C’est alors dans des accords synesthésiques que la machine créatrice se met en branle, la contingence d’apparition des phénomènes permet des mariages inattendus et débouche sur des idées. Les types de lieu sont innombrables et variés et peuvent très largement s’éloigner de mes origines, je crois que je suis fondamentalement mû par la curiosité et le besoin impérieux d’explorer, de sonder , de sentir palpiter délicatement le murmure de l’âme d’un lieu. Présenter à nouveau un objet est une façon de rendre sensible au regard à travers le prisme expressif de l’artiste, encore faut-il que la transcription soit opérante pour être lisible par le spectateur, pour ce faire la fenêtre que constitue l’image doit rester ouverte ou entrebâillée afin d’inviter au mystère, d’intriguer.
M.V.:
Y a-t-il encore aujourd’hui selon vous de « bonnes raisons » de travailler (croquer dessiner peindre…) sur le motif ? Peut-on parfois s’en remettre à la photographie ? A quelles conditions ?
S.B:
Je ne vois pas pourquoi les techniques d’hier devraient être obsolètes si ce n’est pour d’obscures raisons ou postulats qui ne m’intéressent pas. Plus généralement les motifs d'inspiration et les modalités d’expression sont divers et variés et tout peut faire sens dans la mesure où la démarche est sincère et désintéressée, peu importe la technique employée, seul le résultat compte. Les façons de travailler ne sont pas une fin en soi ni la garantie d’un accomplissement seulement le viatique vers la production d’un objet vivant et libre, l'œuvre. Chaque artiste a sa manière de travailler, la photographie peut me servir de pense bête mais je me réfère essentiellement à mes notes, pochades et esquisses de terrain, ces éléments collectés me serviront comme cabinet de curiosités pour la préparation de mes futures compositions. Il faut être prudent avec la photographie, un lieu commun tendrait à faire penser qu’elle est le reflet de la réalité or ce dispositif est tout sauf objectif si tant est que l’objectivité puisse exister surtout en matière de création, création qui est radicalement subjective comme nous l’avons vu. Quand on se sert de la photographie il faut que l'œil de l’artiste soit déjà à l'œuvre dans la préconception du sujet traité: lignes, constructions, valeurs, tons etc…..
M.V.:
De retour à l’atelier, que reste-t-il de l’expérience du peintre-voyageur ? Que devient le « perçu », la sensation à l’épreuve du temps ?
S.B.:
Comme je le disais, la moisson du ciel des idées intègre des carnets qui seront le point de départ de maquettes, idées de composition, juxtapositions décalées et autres cadavres exquis. Que reste - t-il de l’instinct, du ressenti primordial? Cristallisé et logiquement oublié car logé dans l'ineffable coffret de l’instant.
M.V.:
Votre atelier se trouve à Lugarde sur le plateau cantalien du Cézallier. Ce lieu influence-t-il votre création ?
S.B.:
Je me suis installé dans cette région pour de multiples raisons. Tout d’abord j’avais besoin de travailler dans un lieu calme, désert, apaisant, loin de la frénésie et du tumulte des villes. J’avais ce projet depuis des années de m’installer dans ce coin d’Auvergne qui me rappelle beaucoup l’Ecosse et les grands espaces américains, dans lequel le rapport de l’homme à la nature est direct et franc et le rapport à l’humain beaucoup plus simple et authentique bien loin des postures et faux semblants citadins, dois-je ajouter que j’ai toujours été plutôt rat des champs? Ici les distances sont dilatées, le rapport d’échelle de l’homme au paysage est écrasant, permet de facilement relativiser bien des choses, j’ai le sentiment de vivre dans un archipel de foyers isolés dans lequel la démarche d’aller vers l’autre est nécessairement sincère et motivée. Ce retrait et ces grandes étendues me permettent d’une part d’être plus concentré dans mon travail et d’autre part d’aller puiser à l’envie dans le registre des tons, lumières et formes du paysage et de les intégrer dans ma production. La rude et fauve douceur du pays, les montagnes aux formes sensuelles et féminines trouvent un écho certain dans mon caractère et mes inspirations. J’intègre souvent ces registres d’atmosphères et de formes dans mes peintures, parfois de façon explicite comme dans mes “Vues du Mont Cantal” , peintures elles-même en référence aux Vues du Mont Fuji de Hokusai.
M.V.:
Comment situez-vous votre « pratique » confrontée à la triade suivante : travail – jeu – inspiration ?
S.B.:
Pour moi le terme “jeu” est important, en peignant l’aspect ludique ou re-créatif est incontournable, quelque part l’artiste joue au démiurge. Sans aller jusqu’à dire avec Malraux que l’artiste est le rival du monde, il n’est effectivement pas qu’un simple transcripteur et encore moins un copiste; celui-ci tout de même aspire, éponge le monde pour en créer un nouveau, au moins symboliquement car la part d’humilité est nécessaire, comme je le disais je me sens bien souvent submergé par l’univers et la moindre des choses lorsque l’on veut créer le sien c’est d’avoir cela présent à l’esprit. Enfin jouer au sens plein ce n’est surtout pas se prendre au sérieux. Faire de l’art c’est à la fois dérisoire et important, inutile et indispensable mais le rapport modeste aux choses est important et c’est là que la pratique, le travail peut nous y aider. Le travail est un maître mot , si l’on analyse rapidement l’histoire de l’art on s’aperçoit que même avec tout le talent et le génie, sans le travail on ne va pas bien loin. Qu’est ce alors que le travail? Avant tout c’est une besogne presque artisanale consistant à s’exercer encore et encore à travers des gammes (pochades, croquis, compositions etc…), c’est aussi bien prendre le temps d’étudier le sujet, de laisser respirer le regard et produire le plus possible en revenant encore et encore sur le métier et ne pas attendre indéfiniment l’inspiration. L’inspiration est certes importante mais il ne faut pas l’attendre nécessairement, c’est justement souvent à travers une pratique sans motivation particulière, au détour d’un hasard saisi qu’elle apparaît. Je reviens rapidement sur l’aspect contingent dans la création: le hasard naît d’une erreur ou d’un accident, libre alors à l’artiste de s’en servir ou pas, à partir du moment où l’artiste garde l’accident et l’exploite il y a décision et donc création, l’aléa initial, à présent saisi, a disparu. Plus simplement rien ne tombe tout cuit dans l’assiette, ça peut arriver, c’est rare mais si l’on veut avancer il vaut mieux travailler davantage.
M.V.:
La matérialité de l’œuvre est-elle décisive ou accessoire pour vous ?
S.B.:
Absolument incontournable car la création se nourrit de sensorialité, ne pas éprouver la matière c’est se couper du Monde, il faut sans cesse être à l’écoute de tous ses sens, de notre part d’animalité. Matière et mémoire ne sont que les deux faces d’une même pièce. Un être humain n’est pas que pur esprit, la chair nous forme, et nous informe également.
M.V.:
Vos compositions semblent souvent vouloir « creuser » le plan du support, multiplier et combiner les espaces contenus dans le cadre. Quel est votre « horizon » ? Quelle expérience proposez-vous au regard ?
S.B.:
C’est une question dense, de prime abord il y a plusieurs lectures de l’oeuvre, des hors champ laissant deviner un ailleurs, des mises en abîme, des ouvertures, des fenêtres, des invitations à aller voir plus loin, j’introduis des clés pour permettre au spectateur de rentrer dans l’image, il y a bien évidemment tout ce qui m’échappe et qui puise dans une source subconsciente. L’horizon fixe la limite qui incite à être dépassée, cet au-delà de l’évanouissement perceptif, j’aime cultiver ce regard. Mes images sont aussi le reflet d’une certaine ironie ,celle-ci soulève des questions à travers la juxtaposition d’éléments dissonants ou sans rapport j’y fais dialoguer des univers parfois opposés, réalisant une sorte d’oxymore dans le registre des formes. Plus généralement , ma peinture est souvent une mise en abîme ,j’aime composer des inventaires à la Prévert et mon goût prononcé pour la mise en scène m’amène à faire des citations au théâtre, au cinéma et à la danse. Je souhaite revenir sur Matera , c’est un peu un pas de côté dans mon œuvre où je délaisse mes thèmes de prédilection pour revenir aux bases simples du métier: lumière, construction, rapports de masses, rythmes, matérialité de la touche en prenant le prétexte de la cité de Matera. Je laisse la narration ou l’idée pour m’abandonner pleinement à la forme pour la forme, à la touche. C’est l’occasion d’une pause dans le fil de mes idées, j’avais ce besoin de revenir à des choses primitives, et l’exploration de cette ville minérale en est l’opportunité. Enfin un dernier point: il arrive que mes regardeurs habitués soient déroutés par l’évolution permanente dans mon travail aussi je souhaite tenter ici d’apporter un éclaircissement: cette diversité des sujets et des évolutions est une forme de fugue pour ne pas être saisi, apprivoisé. Je sais qu’au fond de moi un profond désir d’universalité me pousse sans cesse à remettre en question et sonder plus avant. En somme cette attitude paraît convenir à mon être rêveur, d’ailleurs je n’ai jamais rien fait que rêver et la peinture est le seul véhicule qui me permette de vivre sereinement cette dépendance avec pudeur. Pour conclure cette question je dirais qu’il ne faut pas tenter de comprendre car plus on apprend plus on découvre sa nudité, son ignorance.
M.V.:
Les figures, les corps représentés ont-ils des points communs ? Ont-ils un statut particulier ou sont-ils simplement des « sujets », des prétextes à représenter ?
S.B.:
Le point commun des personnages est leur place, le dialogue , les drames et disputes qui se jouent, le silencieux mystère des êtres, la quiétude discrète de l’immanence de l’instant. Quel rapport entretiennent-ils avec les plans, les volumes, sont-ils symboliques ou ne sont-ce que de simples objets voués à l’occupation de surface? Se saisissent-ils du cadre et du contexte de l’image ou ne sont-ils que de simples figurants? Je crois qu’il faut laisser la part du doute et de l’interrogation au spectateur, mon histoire est bien trop orientée pour ne pas influencer le regard , comme je le disais plus haut je veux laisser l’image libre de toute hétéronomie. Par exemple dans la série histoire la geste historique est détournée au profit de l’occupation du volume, des rapports de surface synthétisés dans une image formelle pure. Les sujets sont prétextes à faire parler la forme pour la forme, pour son esthétique, son raffinement, il me semble qu’il y a un rapport très instinctif à la peinture. Il faut dire que l’image finie est le fruit d’un processus créatif long, s’il faut le résumer je dirais que je collecte beaucoup d’échantillons qui me serviront à faire naître une idée, celle-ci est alors formalisée à travers des esquisses et maquettes préparatoires, enfin l’exécution définitive est faite avec une mise en sourdine du concept afin de mieux libérer la main, dans cette dernière phase je me concentre sur le ressenti, la gestuelle et l’oubli: je suis agit par le lâcher prise. La pittura è cosa mentale certes mais pas uniquement!
M.V.:
On retrouve souvent des premiers plans très structurés mais énigmatiques dans vos compositions ? Est-ce simplement un procédé ? Quel effet recherchez-vous ?
S.B.:
L’énigme est importante , elle ouvre directement vers le questionnement et invite à l’exploration. Les natures mortes du premier plan sont souvent cette clé qui permet au regardeur de rentrer dans l'œuvre, sorte de portique, de sas faisant chemin vers les lointains, ce n’est pas une recette mais une invitation.
M.V.:
Parleriez-vous de narration à propos de certaines de vos compositions ? Choisiriez-vous un terme plus approprié ?
S.B.:
Dans certains de mes travaux on peut difficilement ne pas penser à un récit cependant cette narration est elle aussi un prétexte à un approfondissement par delà l’anecdotique et le référencé. Les idées sont convoquées certes, mais il ne faut jamais oublier que l'œuvre est avant tout là pour émouvoir et pas pour débattre d’idées, laissons cela aux philosophes. La peinture est un objet poétique.
M.V.:
La composante décorative est-elle présente dans votre travail ? Quelle « valeur » pourriez-vous donner à ce terme ?
S.B.:
Oui absolument pour l’appétit du trait, de la forme , du motif et aussi en guise d’introduction presque théâtrale à la scène de la toile
M.V.:
Une impression de quiétude ou plus exactement de temps suspendu émane de votre univers. Pourriez-vous peindre la violence, le trouble, le tumulte, la tragédie?
S.B.:
Cette suspension du temps m’amène logiquement à parler de la nature morte ou plus exactement de “ la vie silencieuse” ou “nature coite” qui était l’expression consacrée au 17 ième siècle. L’expression anglaise “still life” est demeurée beaucoup plus proche de l’expression originelle et étend son sens: c’est à la fois toujours vivant et suspendu dans le temps tel un arrêt sur image dans lequel on va capturer l’insaisissable. N’oublions pas non plus que la vie silencieuse à travers son memento mori est l’occasion d’évocations allégoriques et philosophiques c’est aussi pourquoi son usage est récurrent dans ma peinture. Il faut ajouter que sur un plan technique, purement formel la nature morte est à la base de tout: volumes, rapports, construction, composition etc… La vie est tragique, peindre est une forme de pied de nez à l’aspect dérisoire de l’existence, un pourquoi pas tonitruant affirmé face au grand non sens, un fou rire face à l’adversité, est-on plus éloquent et efficace en dénonçant ouvertement le trouble du monde? Je n’en suis pas si sûre, l’anodin, le marginal, le frivole voire le superficiel est peut-être plus pertinent; de Dufy, maladroitement qualifié de peintre mondain, ou Picasso lequel des deux était le plus impliqué et engagé dans son temps? La réponse est moins évidente qu’il ne paraît. Peut être une des manières de faire face à l'adversité est de faire preuve de légèreté, de paraître faire un pas de côté, il y a quelque part une certaine élégance à ne pas se mouvoir dans la coulée et à ne pas crier avec la meute. Il y a aussi une certaine politesse à ne pas ajouter de la lourdeur à la vie de chacun qui est bien assez problématique, le rôle de l’artiste n’est il pas aussi d’alléger le fardeau de chacun, d’apporter cette lueur diaphane au bout de la nuit? Ainsi dans une attitude à rebours ou du moins décalée, je préfère regarder au levant, laisser poindre la lumière de l’orient et baigner mon regard d’une douceur éclairée.
M.V.:
Les objets sont « à l’honneur » dans vos compositions. Pourquoi cette présence ? Célébrez-vous leur banalité comme Francis Ponge ? Que pensez-vous de l’œuvre de Giorgio Morandi ?
S.B.:
D’abord l’objet en tant que tel est digne d’étude, sa forme, sa finesse, son grain, ses courbes etc… n’oublions pas que derrière chaque objet il y a la main de l’homme et donc une pensée, ainsi déjà une chaîne de conception est de bout en bout à l’oeuvre du créateur à l’artiste qui s’en saisie dans un usage qui lui est propre et nouveau et enfin le regardeur qui contemple cette représentation nouvellement attribuée et l’adapte à sa sensibilité. De plus comme je le disais plus haut, l’objet est la brique élémentaire des vies silencieuses. Plus que Ponge je me retrouve particulièrement dans Fernando Pessoa: le voyage immobile, l'intranquillité, l’hétéronymie, le sens attaché aux objets minuscules du quotidien etc… Je revendique haut et fort la banalité du beau qui se loge en toute chose aussi imparfaite soit elle. Il est bien plus enrichissant de puiser dans l’ordinaire qui est de plus accessible, offert à chacun, encore faut il pouvoir ou savoir voir; je goûte infiniment plus l’observation de gouttes de rosée sur des feuilles ou des pétales, spectacle merveilleux, s’il en est, où l’esprit vagabonde vers l’infini, que la vue d’un solitaire parfaitement taillé qui en définitive n’est qu’un vulgaire morceau de charbon saisi un peu plus longtemps dans le temps mais à l’échelle géologique totalement ridicule, la rosée, elle, plus fugace doit être saisie du regard et à nouveau son spectacle est bien plus intéressant. Le travail de Morandi trouve effectivement un écho en moi tout comme ceux de nombre d’artistes à travers les âges qui ont stimulé ma sagacité et mon appétit. J’aime la discrétion de Morandi.
M.V.:
Quelle place les petits formats sur panneau occupent-ils dans votre « production » ?
S.B.:
Votre question est intéressante car elle soulève la question de l’échelle et du rapport qu’entretient l’artiste avec le support. Le petit format m’incline presque à me recueillir, à méditer , à une introspection précieuse, plus délicate, la gestuelle y est soupesée et beaucoup plus retenue. Au contraire le grand format permet une gestuelle moins empruntée, beaucoup plus libre, le va et vient de près de loin à la surface n’est pas le même non plus. Chaque support dans son approche permet de creuser plus profondément des sillons mais la semence est bien différente du petit au grand format. Je ne parle que de la surface et évidemment le matériau employé apporte bien d’autres approches et paramètres.

 

Ma démarche


Novembre 2017

Pour paraphraser Tennesse Williams je dirais que la peinture est un engagement vis à vis de moi-même et que je n'ai pas d'autre alternative. Mon travail de peintre est un mode d'existence, une forme de fuite enracinée en moi.

Que dire de ma peinture ? Exercice difficile s'il en est un de parler de son travail d'autant que celui-ci s'est imposé à moi comme la voie naturelle la plus immédiate pour m'exprimer, comme une langue natale composée de touches, couleurs, traits, formes, syntaxiquement composés pour présenter une chose, fruit d'un étonnement et donc d'un questionnement.

Ce qui me pose question? Le dedans et l'au delà, la limite et l'infini, les ouvertures, les horizons, la suspension, l'instant, la reproduction et son corollaire la mimesis, l'humain comme source de connaissance et raison de son propre évanouissement perceptif.

On m'a souvent dit que ma peinture avait une dimension onirique, je ne le nie pas toutefois je la perçois plus comme une invitation au champ des possibles, je veux laisser les portes ouvertes, d'ailleurs beaucoup de mes peintures témoignent dans leur construction de cette volonté.
Le rapport que les éléments constitutifs de mes scènes entretiennent entre eux m'intéressent particulièrement, j'aime y confronter jusqu'à l'absurde des songes dissonants.

Au delà de cette approche je suis fondamentalement attaché à la forme et préfère laisser le sens à l'appréciation intime de chacun. Réduire une œuvre aux mots d'un commentaire c'est bâillonner l'éloquence interne de celle-ci ; à coups d'explications on fige l'expression, on lyophilise sa source propre expurgée de tout écoulement d'âme. C'est pourquoi je préfère laisser mes peintures murmurer de leur vie silencieuse et parler de l'exercice sensoriel de l'acte de peindre. Lorsque je peints je m'attache à mes sensations, j'aime sentir l'odeur de la couleur, la sonorité des valeurs, écouter « la petite phrase » des formes, caresser la matière, effleurer le support, fouiller la surface de gestes , être à l'écoute du moment.

Pour moi peindre est un être au monde plein et entier, à la fois dérisoire et essentiel.

Simon Blau

 

Simon Blau ou le chant du silence


un entretien de Samuel Goldstein

Paris-30 juillet 2015


Simon Blau vous êtes peintre depuis une vingtaine d'années, issu d'une famille de peintres, votre mère Nicole Berton, votre père Pierre Tritsch, tous deux anciens élèves de l'atelier Chapelain-Midy aux Beaux-Arts de Paris dans les années cinquante. Est-ce difficile de vivre dans une famille d'artistes ? 
Comment se sont faits vos débuts dans la peinture, par héritage, tradition ?

Non, on vit normalement ; ce qui est moins évident c'est la confrontation au monde profane , j'ai un frère et une sœur également plasticiens et notre ressenti a toujours été le même : un décalage important avec les personnes issues du monde normal. Un grand sentiment d'incompréhension, des deux côtés je crois d'ailleurs. 
Pour répondre à votre seconde question, je dirais le plus naturellement possible et sans m'en apercevoir ! Je m'explique : étant enfant j'écoutais attentivement les conversations de mes parents sur l'art en général et sur leur peinture en particulier, j'allais facilement dans leur atelier où je sentais les odeurs d'huile et de térébenthine, les regardais peindre, préparer leurs couleurs sur la palette, nettoyer leurs pinceaux et écoutais le son chaleureux d'un vieux poste radio. Et c'est sans le savoir que je me suis imprégné de tous ces éléments sensoriels et affectifs.
 Mes dispositions bien plus tard révélées aux Beaux-Arts découlaient de là, de cet apprentissage qui ne disait pas son nom.

Qu'est-ce qui vous a décidé à prendre la même voie que vos parents ? Était-ce par passion, par admiration pour leur métier ?

Je pourrais vous répondre que je ne savais faire que ça mais c'est faux !
 Il est plutôt question de choix d'existence, de mode et de cadre de vie ...essayer de trouver une vie qui fasse sens à mes yeux. La peinture a été, et est toujours, ce qui cadrait le mieux possible avec ce que j'étais, la meilleure des solutions à mes exigences existentielles et aussi la moins pire .
 Vous parliez d'héritage et je crois que derrière tout cela il y a, blotti derrière l'acquis, une sorte d’atavisme ; vous savez, depuis Spinoza nous savons que nous sommes un peu déterminé par nos affects, alors le choix, le libre arbitre dans tout cela... Enfin, c'était bien plus confus dans ma tête, et à vingt ans j'étais beaucoup plus déterministe, je pense que j'ai choisi par passion. 

 Et aujourd'hui diriez-vous que vous avez atteint une maturité dans votre art ? Une assurance ?

(Rires) Eh bien j'ai surtout appris des choses, j'essaye d'avoir un peu d'humilité dans mon travail tout en étant résolu dans ma démarche, je vous l'accorde ce doux mélange schizophrénique d'orgueil et d'humilité est assez déroutant. Est-ce que mon travail est abouti ? Tout dépend de comment on l'entend, en un sens j'espère bien que non et je continue à explorer, à chercher. D'un autre côté j'ai certaines compétences techniques, certaines aptitudes, oui. 
Mon tempérament est avant tout celui d'un artiste, c'est vrai ; cependant la peinture bien qu'étant un métier passionnant, je la négocie avec raison.

  Pourtant quand on regarde vos toiles, sans pour autant être l’œuvre d'un fou, il apparaît souvent qu'on sort largement d'un cadre( j'emploie ce terme à dessein) purement rationnel : on voit se côtoyer des poissons immenses avec des hommes minuscules, des fruits ou encore des mains géantes ; il me semble d'ailleurs que vous vous souciez peu de la vraisemblance... 

Ça c'est dû au fait que je suis plutôt un rêveur et que j'aime surtout dévier dans des juxtapositions a priori inappropriées, m'abîmer dans un certain imaginaire. 

 Cet imaginaire, quel est-il ?

Difficile de répondre à cela ; je crois que c'est une sorte d'amalgame confus de goûts et d'intérêts pour certaines choses le tout teinté d'une ironie. 

 Je reformule ma question : de quoi rêvez-vous ?

De la lumière ; et de son rapport aux choses. Je pense que tout part de là, de ce qu'elle permet, c'est à dire finalement à peu près tout. Et ce tout me renverse quelque part et me donne envie de faire des sortes d'inventaires à la Prévert. 

 Quelque chose m'a marqué dans votre peinture notamment ces dernières années : il y a une forme de narration, non commentée presque non dite et pourtant bien présente. 

 Je ne suis pas vraiment d'accord car quand je peints je ne désire pas raconter une histoire même s'il m'arrive bien souvent de m'en raconter , mais ces histoires-là sont pour moi comme un fond sonore voire une petite musique qui m'amène à peindre, la peinture c'est un chant du silence.

 Pourtant quand je regarde les peintures de la série du « Sommeil » ou des « Endormis » comment ne pas se raconter des histoires ? Prenez par exemple la toile « Sommeil II » dans laquelle un enfant assoupi pointe l'index vers un cycliste minuscule circulant dans un paysage, qu'avez-vous voulu dire là ?

Rien, enfin, disons pour être un peu plus honnête que je crée des images comme des fenêtres sur un ailleurs, une forme de monde ouvert à un certain nombre de possibles. Oui j'aime questionner, n'est-ce pas l'étymologie du mot ironie ?... 
C'est au spectateur de se raconter « son » histoire, comme vous venez un peu de le faire, et non à moi de lui imposer, si je le fais je ferme tout... 
Tout ceci est intéressant mais vous savez ce qui me motive le plus quand je me mets à peindre, ce n'est pas l'histoire, c'est le travail en lui-même, j'aime retrouver mes pinceaux, mes couteaux, ma palette, manipuler les couleurs, me délecter de ce jeu de matières, de textures, de jus, sentir la toile. Être nu (c'est une image) devant le chevalet, voyager et découvrir à nouveau. Je retrouve certainement ce par quoi j'ai été initié, presque à mon insu comme je le disais. Je parlais aussi de silence car la peinture est pour moi le moyen le plus franc, direct, simple de m'exprimer, je suis un homme de l'image et non de l'écriture, l'émotion des mots n'est pas celle des images. 

 Quelles-sont vos influences, vos maîtres comme on l'entend parfois de nos jours ?

Les œuvres de Nicolas de Staël, Braque , Matisse ou encore celle de Dufy on été déterminantes dans mon approche picturale, cependant limiter mes influences à ces peintres serait bien réducteur car de nombreux artistes ont eu une grande importance dans ma création, je peux vous citer à travers les âges et les mouvements : Bosch, Paolo Uccello, Ingres, Gauguin, les primitifs, Vélasquez, les impressionnistes, expressionnistes, Magritte, Fra Fillipo Lippi, Holbeïn, Dürer pour n'en citer que quelques uns. Je respecte beaucoup la probité, la rigueur presque ascétique d'un Braque tout en admirant la grande liberté de Dufy. 

 Que lisez-vous ? Quels sont vos centres d'intérêt ?

Mes lectures tournent bien souvent autour des sciences et de la philosophie, surtout la philosophie ces dernières années. Plonger dans le monde des idées m'apporte beaucoup de réconfort et de quiétude. 
Les sciences me permettent de faire fonctionner mon cerveau différemment, de le délasser en sollicitant peut-être plus l'autre hémisphère ? 
Je lis depuis peu les essais de Quignard, très intéressant, il décortique, va au fond des choses. 
Mon dernier grand choc littéraire : Céline, Voyage au bout de la nuit, dont je différais la lecture depuis longtemps. J'ai par ailleurs la chance de pouvoir aller me promener dans des espaces grandioses et déserts près de chez moi, cela me ressource beaucoup. 

 Nous allons conclure si vous le voulez bien par un petit questionnaire de Proust... 
Votre couleur préférée ?

Orange...Bleu nuit 

 Votre poète préféré ?

Lamartine, Ponge, Prévert

 Votre occupation préférée ?

Rêver, je suis un rêveur avant tout. 

 Votre dramaturge préféré ?

Shakespeare. 

 Comment aimeriez-vous mourir ? 

Il n'y a pas de bonne mort alors pas du tout 

 Le pays où vous désireriez vivre ? 

 Il est forcément imaginé voire imaginaire aussi j'y vis un peu déjà 

 La qualité que vous préférez chez l'autre ?

 Le respect de la parole donnée, la générosité.

 Qui voudriez-vous être ?

 Difficile d'être autre que soi.

 La fleur que vous aimez ? 

 Le coquelicot

 

Simon Blau expose "la vie intérieure des choses" - Juin 2012


Gaëla Messerli - La Tribune d'Orléans

« A la galerie Gil Bastide, c'est le peintre parisien Simon Blau, prix Dumas-Millier de l'Académie des Beaux-Arts de Paris et artiste permanent de la galerie qui expose ses oeuvres sous l'intitulé "la vie intérieure des choses". Au delà de la beauté des toiles représentant un enfant endormi, une nature morte, un paysage ou encore un nu, il faut s'attarder devant chaque oeuvre car elles ont, comme le titre de l'exposition l'indique, une vie intérieure. L'artiste joue sur les espaces et les plans, intérieurs et extérieurs, les faisant cohabiter sur une même toile par un jeu de rideau qui se soulève. Il fait de même avec la couleur préférant ainsi un citron bleu à un jaune et donnant une clé à ce choix dans une citation de Bergson, inscrite sur son carton d'invitation:"L'artiste s'attachera aux couleurs et aux formes, et comme il aime la couleur pour la couleur, la forme pour la forme, comme il les perçoit pour elles et non pour lui, c'est la vie intérieure des choses qu'il verra transparaître à travers leurs formes et leurs couleurs". Simon Blau est en effet un artiste qui peint avec le Panthéon de ses "pairs" toujours en tête. On peut ainsi songer à Nicolas de Staël ou Braque en regardant ses natures mortes, mais accommodés à une sauce bien personnelle faite de détails orientalisants. Le jeu de références aux "anciens" est parfois plus visible comme ce nu qui regarde...un tableau de Corot. »

 

Allégorie de la caverne - 2011


Sam Goldstein - critique d'art

Une lecture de "d'où je viens...où je vais" (voir la toile)
« Simon Blau feint de confronter passé et futur oubliant le présent. Mais celui-ci est de fait dans l'instant du regard du spectateur, aussi la question « qui suis je ? » sciemment éludée est peut-être une clé pour pénétrer ce tableau énigmatique. Entrons dans l’œuvre. Composition contrastée entre lieu sombre et lieu lumineux, une porte laissée ouverte, une femme dans l'attente au lointain, des poteaux criblant le jour tels un filtre sur la vérité et puis ce renard, ironiquement décalé dans le coin, nous fixant avec intensité. Tout semble en suspend, dans l'attente du regard pour reprendre le cours du temps. Le choix du renard n'est pas anecdotique, sa couleur, son traitement délibérément enlevé semblent nous alerter : attention ici tout n'est que ruse, tromperie, ce qui paraît n'est pas nécessairement la réalité. L'animal nous interroge, nous invite à mesurer le réel, le sensible et leur emprise réciproque, à faire la part de la nuit et de la lumière, à laisser ouverte la porte, porte ouverte au vent des contradictions et des paradoxes, nous laissant seul juge. L'éloquence sensible de l'artiste s'écarte de sa fonction purement esthétique, même si ce biais est nécessaire, comme pour nous pousser à relativiser nos certitudes. Après tout la peinture est aussi ( avant tout?) un acte dialectique, d'abord entre l'artiste et son œuvre en devenir, puis entre l’œuvre achevée et le public ; l'art est un révélateur. »

 

Un homme et une femme - 2011


Sam Goldstein - critique d'art

Une lecture de "l'etreinte" (voir la toile)
« Cette image saisissante laisse perplexe : hormis le pastel de Picasso auquel le titre fait référence, le sujet ne semble pas représenté. Que voyons-nous ? Un homme, une femme. Nus, sombres, statiques, anonymes. Elle, figée au milieu de la toile. Lui est décalé, presque en retrait, semblant imprimer un mouvement comme s'il souhaitait sortir de la toile. Et puis deux ombres, ou plutôt une seule, fusion de celles-ci. L'étreinte est là, dans la projection des personnages. Deux corps se retrouvent ainsi enlacés dans leur ombre. Et par delà la simple étreinte, on devine une métaphore du couple. »

 

Flagrant délit - 2011


Sam Goldstein - critique d'art

Une lecture de "lever de rideau" (voir la toile)
« Le titre nous rappelle la théâtralité souvent présente dans la peinture de l'auteur, cette « mise en scène » ne nous trompe pas sur ses intentions, ici un voile se lève sur une nudité symbolique. De prime abord un climat de grande étrangeté nous pénètre, deux regards se posent sur le spectateur : l’œil inquisiteur du volatile d'une part, ceux hypnotiques de la femme d'autre part. Même si le bec de l'animal n'est pas celui d'un cygne, son long cou et sa présence proche de la femme( ombre portée sur l'épaule) nous font inévitablement penser au mythe de Léda. La lecture du tableau est subitement plus claire : nous interrompons cette scène comme semble nous le reprocher férocement l'oiseau, quant à la femme, surprise, soudainement éveillée d'un état second, elle ne peut se dérober à notre propre regard, ou n'est-ce-pas le spectateur qui ne peut détourner le sien, impudique, au point de ne pas pouvoir contempler le paysage pourtant bien présent. On ne voit d'ailleurs pas la mer, on entend simplement le ressac, bruit de fond d'une immense stupeur. »

 

Obscure clarté - 2011


Sam Goldstein - critique d'art

Une lecture de "sommeil" (voir la toile)
« Dans un soir profond et étoilé, cette passagère de la nuit nous invite à rêver. Elle est endormie dans un wagon de nuit, une gare ou peut-être un café. Derrière la vitre on devine un horizon de montagnes, trois points lumineux au lointain donnent la distance du sujet au réel. Les dernières lueurs du crépuscule meurent dans une obscurité constellée ; l'au delà. Un calme étrange exhale d'un accord entre fort contraste ( bleu nuit – jaune) et douceur poétique( visage). Le reflet de la femme semble échappé d'une toile onirique d'Odilon Redon et pourrait être l'image du rêve de l'assoupie. Front contre front, visage et reflet, comme deux sœurs jumelles tendrement endormies dans une quiétude complice, s'évadent dans la nuit. »

 

Fauteuil nu - 2011


Sam Goldstein - critique d'art

Une lecture de "salle de bain" (voir la toile)
« Dans le silence intimiste d'une salle d'eau, deux corps vaquent à leurs ablutions. L'un trahi par sa main, l'autre doublement présent, de dos et reflété dans le miroir. De l'incongruité du fauteuil de salon dans ce lieu émane un mystère, le mystère de la salle de bain jaune. Blau fait cohabiter des éléments qui ne devraient pas être ensemble ; à travers ce que Deleuze appellerait une synthèse disjonctive il invente un climat particulier qui nous pousse à nous interroger, à nous positionner. Quel doit être notre regard ? Devons-nous rester bien sagement centré au dehors de la toile, détaché ? Peut-on aller un peu plus loin et s'associer à cette main appuyée sur le rebord de la baignoire ? Allons plus loin et prenons place dans ce fauteuil découvrant alors l'envers de la scène : le nu en pied de face, l'homme dans son bain. Mais ainsi immergé dans la toile nous devinons le regard des acteurs...Et des spectateurs, à la fois voyeur et observé. S'asseoir dans ce fauteuil c'est découvrir et s'exposer, c'est donc prendre un risque, le risque de se mettre à nu ; n'est ce pas ce que le peintre fait devant son chevalet ? »

 

Nuit d'ivresse - 2011


Sam Goldstein - critique d'art

Une lecture de "cocktail" (voir la toile)
« Nous sommes en présence d'une réception, lieu festif et convivial où se mêlent les convives : un petit groupe de trois personnes en tenue de soirée au milieu du tableau et un personnage traité presque de façon cubiste au premier plan. L'environnement est difficile à saisir dans l'espace et dans le temps : est-ce dans un hall, sur une terrasse( on perçoit les lumières de la ville et des structures de bâtiment sur fond rose indien) ? Est-ce la nuit, le petit matin ( composition nuit-jour contrastée) ? L'homme au premier plan nous fait sortir du champ classique de la perception. Peut-être ivre il est déformé, distendu, comme dissout dans la nuit tels les bruits du cocktail : tintements des verres, glaçons, éclats, conversations audibles et inintelligibles à la fois, dans une profonde symphonie d'insouciance. Tout comme l'ivresse déconstruit la réalité et la fait réapparaître sous la forme d'une chimère : homme flou, de face et de profil, temps contracté, cette peinture nous donne à voir différents aspects et moments juxtaposés dans un instant prégnant, celui de la contemplation. »

 

La mer au pluriel - Septembre 2010


Dominique Drouillard - Le Dauphiné

«Les 24, 25 et 26 septembre, de 9h à 19h, dans la salle d'exposition du 4, rue du portail, l'artiste peintre Simon Blau résidant à Paris et récemment lauréat du prix Dumas-Millier de l'Institut (académie des Beaux-Arts de Paris) propose une série de peintures à l'huile sur toile. Le thème de cette exposition est la mer et son littoral avec des vues des cités balnéaires de Collioure, Saint­ Malo, La Baule, Douarnenez, de la Croisette ou de Biarritz. Le peintre pour cette série de tableaux a utilisé l'huile mêlant la technique du couteau à celle de la brosse, du glacis sur des formats de châssis moyens à grands. Sa peinture est à la fois forte et poétique, avec une vision décalée onirique voire surréaliste et des références perceptibles à Marquet, Dufy ou Braque. »

 

Entretien avec Michel Jouenne


Pratique des Arts - 2010

\"Simon représente la relève\" Michel Jouenne, grand maître de l\'école de Paris, chef de file de la figuration gestuelle, est tombé sous Ie charme des oeuvres oniriques du jeune artiste. « J\'appartiens a la grande tradition figurative française. Mais ma peinture est aujourd\'hui dépassée, elle reste attachée au xxe siècle. Simon est la relève, selon moi, de cette tradition de la peinture de chevalet. Mais est-ce Ie futur? A-t-il raison ou tort? Je ne Ie sais pas. ( ... ) Simon crache son amour de la peinture d\'une manière totalement spontanée. La réalité qu\'il peint dans ses \"vies silencieuses\" est recomposée à travers son tempérament et dans un style de son temps. Techniquement, son métier est évident: sens de la couleur, sens des valeurs, sens de la composition, mais il va plus loin, en ajoutant ces éléments décoratifs, ces touches d\'humour, ce lyrisme qui lui sont propres. J\'aime la manière dont il intègre plusieurs histoires dans la même toile et sa façon de jouer avec Ie spectateur. Son audace à mettre un violet à côté d\'un vert et de les faire tenir ensemble. A opposer une profondeur lointaine à un premier plan frontal. A créer un vrai dialogue avec la toile. Et, enfin, à poser les couleurs, vives ou pastel, comme il le sent, par amour de la matière et de son sujet... et d\'une manière totalement irréelle. »


Michel Jouenne : Simon, tu viens d\'une famille d\'artistes. Parle-nous de ton parcours et de l\'influence de tes parents.


Simon Blau: J\'appartiens effectivement à une famille d\'artistes avec des parents peintres, un frère plasticien, une soeur danseuse chorégraphe. Mes parents, qui sont mes mentors, sont toutefois d\'une autre génération, celle de Chapelain-Midy. Je retiens d\'eux des gestes techniques (faire un passage, monter une composition) et surtout des discussions fructueuses sur la peinture en général et mon travail en particulier. Mais stylistiquement parlant, je me suis rapidement émancipé d\'eux et nos styles n\'ont aujourd\'hui rien à voir. Mes véritables influences sont plutôt à chercher du côté de Georges Braque, de Raoul Dufy ou de Nicolas de Stael. 

 M. J. : On sent que tu as puisé ton inspiration dans toute l\'histoire de l\'art, tant auprès des Anciens que des Modernes.


 S. B. : J\'appartiens à une tradition et je tiens à garder une continuité avec le passé. Cela n\'empêche toutefois pas de faire des tentatives. Les règles sont là pour être transgressées. Je m\'autorise donc des associations dangereuses, au risque de me tromper. Etre peintre, c\'est exercer un métier de funambule..


 SUR LA PLACE DE L\'INTELLECT 


 MJ: A ton âge, comme toi, je cherchais. Mais je suis un sensible plus qu\'un intellectuel et mon amour de la nature m\'a fait avancer. Ton oeuvre est beaucoup plus réfléchie, je trouve.


 SB : Suis-je un intellectuel? Je ne crois pas. La peinture se prend au premier degré, c\'est quelque chose de viscéral. .. 


 M. J. : Pourtant, ta peinture est pleine d\'allusions : perspective ,premier plan frontal,humour...Ma démarche a toujours été plus instinctive. Je peins sans me poser de questions.


 SB.: Ma peinture se réfléchit en amont, c\'est vrai, mais dans l\'acte de peindre, je me laisse aller à une totale spontanéité:c\'est un va-et-vient entre instinct et raison. Je me perds dans toile puis je prends du recul et avise avant de me perdre à nouveau.


 M.J. : C\'est pourquoi tu as des repentirs dans ta peinture, ce qui est une qualité. Tu cherches à rendre tes matières «jolies ». A l\'opposé de moi, tu crées au fur et à mesure de ton travail. C\'est sur la toile que tu trouves les solutions.


 S. B. : Complètement. Je dessine un croquis, prépare ma toile, installe ma composition, mais au final, cela ne donne jamais ce que j\'avais en tête .Je pose des tas d\'objets puis j\'enlève, j\'écrème, je simplifie, allant parfois jusqu\'à l\'abstraction. Aujourd\'hui, je m\'arrête avant d\'épurer totalement, car je veux rester dans quelque chose de figuratif, de « signifiant ».


 M. J. : Moi, ma toile est finie avant de commencer. Je l\'ai en tête et je la peins sans reprise ou remords. Toi, tu commences quand.tu es face à la toile. Tu pars sans savoir ou tu vas.


 S. B. : La peinture me mène au gré de mes envies et de mes états âme. Comme une terre inconnue, la toile m\'offre des chemins que j\'emprunte selon ma fantaisie, attiré par une forme, une lumière, tenté par un embranchement et happé par ce que je découvre. Avant de poser la première touche sur la toile, je m\'imagine en voyage, avec pour seul guide l\'esquisse de départ


. M. J. : Quand j\'étais jeune, je peignais sur le motif. Mon maître était Van Gogh et je ne m\'occupais de rien : j\'exprimais sans détour ce que je ressentais face au motif et j\'ai continué à peindre de cette manière, en mettant mes émotions sur ta toile, tout simplement. 


S. B. : J\'ai cette même démarche dans les phases préliminaires. Je pars en repérage et me promène dans des lieux que je ne connais pas. Je prends des notes, croque ce qui titille ma curiosité, à l\'écoute de la moindre vibration, d\'une belle lumière, d\'un juste rapport de tons. Je peux les trouver au détour d\'un chemin forestier comme devant l\'étalage d\'un poissonnier. 


 SUR LE DEVOIR DE SINCERITE 


M. J. : Ton oeuvre est lyrique, très colorée, sensible. Je l\'aime car je la trouve sincère. Je crois en effet qu\'il faut peindre comme on le sent, sans se soucier des modes au de vendre. L\'important est l\'enthousiasme, la sincérité et la volonté de s\'exprimer. 


 S. B.: C\'est le maître mot. Dans dix ans, je peindrai peut-être autrement, mais ce que je fais aujourd\'hui, je le fais avec sincérité. Etre en accord avec soi-même, chercher l\'authenticité nous fait dé- boucher sur des choses peut-être peu percutantes au premier abord, mais fidèles à soi. Comme le dit mon père, une peinture est un autoportrait.


 M. J.: A travers une peinture joyeuse et optimiste, tu essaies, comme moi, de donner du bonheur au spectateur. 


 S. B. : Cela me touche beaucoup quand les acheteurs vibrent avec ma peinture, comme si elle était une source vive. Je peins pour moi, c\'est un besoin physiologique. Mais si mon oeuvre peut procurer de la joie ou du réconfort à quelqu\'un, c\'est la meilleure récompense.


 M. J. : Peindre, c\'est à la fois un bonheur et un besoin. Comme un drogué, je me sens malheureux si je n\'ai pas ma dose journalière.


 S. B.: C\'est une véritable nourriture. Le métier est exigeant mais on apprend constamment. Comme le disait Pascal: « il faut se contenter en soi-même. »Devant le chevalet, je ne suis pas toujours satisfait mais peindre reste un moment de réel bonheur.


 M. J. : Je peins par amour pour la nature, je fais l\'amour avec elle, c\'est ma maîtresse ...


 S. B. : Ce que tu dis est révélateur : les gens veulent constamment « comprendre» une peinture. Alors qu\'elle doit être comme un coup de foudre, provoquer une émotion, sans besoin de l\'expliquer. 


 SUR L\'IMPORTANCE DU METIER


M. J.: Que penses-tu de l\'adage qui dit qu\'avant d\'être artiste, on est artisan?


 S. B.: il est juste. Je me considère avant tout comme un artisan chercheur. Ce métier repose sur un apprentissage technique qu\'il est nécessaire de maitriser. C\'est laborieux mais indispensable. On peut fouiller sa sensibilité, creuser ses idées, approfondir un message, mais sans les bases techniques, on s\'assèche. Seul le métier permet de se sentir soutenu et de franchir aisément les étapes.


 M. J.:A mes débuts, ma technique était hésitante, mes empâtements, brutaux, ma touche serrée. Puis j\'ai développé cette écriture gestuelle qui implique une grande liberté de geste, d\'où les grandes toiles. Tout a évolué naturellement.


 SB. : J\'ai adopté l\'huile car son séchage très lent m\'impose des temps de pause et donc de réflexion. Cela demande une certaine organisation: je travaille donc plusieurs toiles en même temps. Mais c\'est le moyen de porter un regard toujours nouveau sur mon oeuvre, car ce qui est bon à l\'instant T peut ne plus l\'être le lendemain.


 M. J.: Au fond, le métier de peintre est une vie de recherche, avec toujours l\'espoir de trouver une formule nouvelle, de faire mieux, d\'aller de l\'avant.


 SB.: Il faut être exigeant avec soi. Et savoir parfois oublier les bases ... 


M. J.: C\'est vrai. Arriver à une totale liberté d\'expression prend du temps mais le jour où on y parvient, on peut aller très loin ...

 

Une peinture attachante - Février 2009


Michel Henry

« Pour Simon Blau, pas d'enchantement bruyant et parfumé, ses créations picturales sont originales. Un talent incontesté s'ouvre à vous; à vous de le découvrir, d'entrer la subtilité de son mystère. Cette apparente simplicité des thèmes est en réalité d'une grande rigueur qui séduit l'amateur. A suivre impérativement... »

 

interview Serres lez'arts - SEPTEMBRE 2008


Denis Richard

« Simon blau est un artiste peintre professionnel travaillant sur Paris. Il exposait dans l'ancien pressoir place de l'Auche sur les hauteurs du village de Serres dans les Hautes-Alpes. Ce lieu intime et coquettement restauré exacerbe les couleurs de l'exposition de Simon Blau. Une très nette dominante autour du gris se dégage pour faire ressortir d'autres couleurs. Pour Simon Blau le gris c'est une couleur à part entière qu'il aime employer dans ses créations. Il aime surtout la couleur et joue de la sorte pour faire ressortir un triangle dans un coin de toile, frôlant le déséquilibre de la toile, ou l'équilibre du triangle... Tout cela fait ressortir un style et une empreinte, l'artiste peintre Simon Blau peint aussi des commandes, et expose ses toiles à Paris et dans des expositions qui ont du sens comme ici à Serres dans les Hautes-Alpes. Pour Simon Blau une toile c'est un coup de cœur une rencontre, la toile peux résonner et vivre ensuite chez soi. L'artiste touche vos émotions à travers son pinceau. Je vous invite à découvrir »
Interview à télécharger:
interview.mp3

 

revue de la fondation Taylor - JUIN 2007


Paul Ambille

« Son art nous séduit immédiatement par la richesse et le foisonnement de ses couleurs. Simon Blau s’exprime de préférence à l’huile sur toile sur des formats du plus petit, des 5, à des carrés de 100x100 ou à des 50 plus ou moins allongés. Ses thèmes récurrents sont les animaux domestiques : Le chat, les portraits : Jaja, les natures mortes : Kippers, les paysages intimistes : La théière ou marins : Les carrelets. Simon Blau a un sens inné de la composition. Sur de grandes plages vert émeraude, jaune mimosa, noir feutre ou gris souris, il installe ses sujets dans un dessin stylisé et structuré qu’enrichissent les valeurs colorées de sa vision personnelle. Cette peinture nous remplit de joie en nous rendant optimiste face aux beautés de notre quotidien que nous ne découvrons souvent qu’à travers le regard filtrant et créateur des artistes de notre temps. Simon Blau comble nos sens et notre imagination par ses réalisations pleines de charme qu’il s’agisse de petits bijoux chatoyants ou d’œuvres plus importantes faites pour animer les murs des belles constructions des immeubles modernes. Merci donc à Simon Blau pour le plaisir rare qu’il nous procure. »

 

Univers des arts - Octobre 2007


Nicole Lamothe

« Ce peintre réinvente le monde, le poétise en des toiles qui semblent nées spontanément alors qu'elles sont l'aboutissement d'une démarche réfléchie, voulue. Grand voyageur, Simon Blau a sans doute puisé une partie de ses sources, de ses émotions en Ecosse ou à Londres, à Florence aussi, d'où un art imprégné d'une grande liberté mais toujours respectueux d'une composition ordonnée. Et on l'accompagne avec délice dans ses rêveries où des poissons rouges évoluent en des eaux bleues transparentes et l'on aime voir tomber les flocons ouatés de la neige d'un ciel noir; il atteste de la même invention dans la traduction de natures mortes. Dans chaque oeuvre, des lignes géométriques, anguleuses créent un cadre solide autour du sujet traité: une fenêtre, un aquarium, une scène de théâtre. Au fond, Simon Blau nous invite à partager son univers intérieur, son image du quotidien qui, tout à coup, semble plus léger, gaîment coloré de bleu, vert, rouge finement modulés. »

 

La position du peintre


Propos receuillis par J.PLUKI

« Peindre c'est "un barrage contre le pacifique", une façon à la fois dérisoire et merveilleuse de s'exprimer face à l'immensité qui nous submerge; l'artiste, pas même un témoin, n'est là que pour faire palpiter silencieusement ses émotions, pour aller à la rencontre d'un devenir, d'un je ne sais quoi insatiable et dévorant. In fine c'est peut-être ce rapport disproportionné entre l'artiste et l'univers qui rend son art intéressant et magique. »

 

Le métier de peintre


Propos receuillis par J.PLUKI

« Ma démarche est celle d'un artisan-chercheur, avant même de savoir si je suis un artiste ou pas. Artisan car la peinture est un métier,au sens noble du terme, qui s'apprend. C'est l'apprentissage de techniques exigeantes et complémentaires: dessin, composition, couleur... Puis par la pratique rigoureuse et passionnée de la technique du peintre on se perfectionne, et par le métier acquis le questionnement dans l'acte de peindre nous pousse vers des tentatives, des recherches sur l'esthétisme et la pertinence de son travail. Peindre au quotidien c'est faire ses gammes et remettre en question sans relâche son savoir, ses acquis; une fois la chose sue, la main habile, il faut tout oublier pour se libérer et créer; et plus on sait, plus on peut oublier et être créatif. En matière d'art, je ne crois pas à l'inné mais bien plutôt à l'acquis; j'ai eu la chance de naître dans une famille d'artistes peintres, dans un milieu propice à la créativité où j'ai bénéficié du meilleur apprentissage possible. On ne s'improvise pas artiste du jour au lendemain, on le devient par la pratique d'un métier, par l'exercice de l'oeil »

 

La Provence - Août 2003


Lucien Vakanas

« Ses tableaux sont dans l'abstraction. Ils sont d'une facture parfaite. Ses compositions vont des fruits rouges aux nuages en passant par les ardoises ou les bouteilles. Tout une gamme de sujets traité avec virtuosité... ...Blau a évolué vers l'abstrait avec encore plus de maturité dans ses tableaux, les lignes ne sont plus rigides, ses poissons rouges et son portrait sont une complète réussite, opposés dans leur conception avec, d'un côté une douceur liée aux courbes des poissons évoluant dans une eau sombre, et de l'autre un visage rappelant le cubisme et le cobra ... ... Simon Blau s'oriente de plus en plus vers la recherche usant d'associations osées de couleurs, destructurant ses formes pour mieux les appréhender.»

 
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